Aller au contenu
Moral en berne

Sortir dix minutes un jour gris, même sans en avoir envie

Ressenti
envie de rester dedans
Durée
10 min
Moment
en milieu de journée
Sortir dix minutes un jour gris, même sans en avoir envie

Ce billet peut contenir des liens affiliés. Si vous achetez ou réservez via l'un d'eux, Ça Va Mieux peut percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. En savoir plus.

Dehors, il bruine. Dedans, le canapé est tiède et la couverture déjà en place. Quand le moral est en berne, l’idée de mettre des chaussures et de franchir la porte paraît presque absurde. On se dit qu’on sortira plus tard, quand l’envie viendra. Elle ne vient pas toujours. Souvent, c’est le fait de sortir qui la fait arriver, un peu.

Je ne parle pas de sport, ni de marche rapide, ni de « se reconnecter à la nature ». Je parle de dix minutes, dehors, au rythme qu’on peut. À Nantes, il pleut assez souvent pour que j’aie dû apprendre à sortir quand même, avec une veste imperméable et pas mal de mauvaise volonté.

Voici une façon de faire qui ne demande presque rien.

Ce qu’on peut faire maintenant

  1. Mettre ses chaussures avant de décider quoi que ce soit (1 min). Le piège, c’est la réflexion. On enfile les chaussures et la veste, et on verra après. Le corps suit souvent plus vite que la tête.
  2. Choisir un trajet sans but (1 min). Le tour du pâté de maisons, jusqu’à la boîte aux lettres puis au coin de la rue, jusqu’au prochain arbre. Pas de destination à atteindre, pas de pas à compter.
  3. Marcher dix minutes, sans écouteurs si possible (10 min). Regarder une chose précise : la couleur d’une porte, un pigeon, une vitrine. On ne médite pas, on pose simplement le regard sur quelque chose de réel.
  4. Respirer par le nez, un peu plus lentement que d’habitude (2 min). Sans technique particulière. L’air frais sur le visage fait déjà une partie du travail.
  5. Rentrer, enlever la veste, boire quelque chose de chaud (5 min). Se féliciter, en une phrase, d’avoir franchi la porte. Même brièvement. C’était la tâche de la journée, et elle est faite.

Si dix minutes paraissent trop, descendez à cinq. Si la météo est vraiment mauvaise, ouvrir la fenêtre et rester un instant devant, au frais, vaut aussi. Il ne s’agit pas de réussir une sortie, il s’agit de changer d’air.

Ce qui joue souvent

La lumière du jour revient très souvent dans ces histoires de moral. Même sous un ciel couvert, la clarté extérieure est bien supérieure à celle d’un bureau ou d’un salon. Quand on passe ses journées devant un écran, dans une pièce éclairée artificiellement, le corps perd ses repères.

La position compte aussi : rester assis des heures, dans la même pièce, fait tourner les pensées en boucle. Se lever et marcher, même un peu, les remet en mouvement. L’eau joue son rôle discret : on oublie de boire quand le moral est bas.

Et puis il y a le rythme général. Une journée sans aucune sortie devient vite une journée sans relief, et on s’étonne de se sentir plat au soir.

Quand le bruit est trop fort

Certains jours, la ville est trop bruyante, trop pleine de monde. Un parc, une rue calme, un chemin au bord de l’eau, ou simplement le palier de l’immeuble peuvent suffire. L’important est la sortie, pas l’endroit.

Quelques façons de rendre la sortie plus douce

Si la perspective de sortir reste pesante, on peut l’attacher à quelque chose de concret : poster une lettre, acheter une baguette, rendre un livre à la médiathèque. Le but pratique donne un cadre, et le fait de marcher devient presque secondaire. On revient avec la baguette, et la sortie est justifiée.

On peut aussi choisir le moment. Beaucoup de gens se sentent plus capables de sortir à la lumière du milieu de journée qu’en fin d’après-midi, quand la nuit tombe. Si vous travaillez, une pause de dix minutes juste après le déjeuner est souvent plus facile à tenir qu’une promenade planifiée le soir.

Écouter, regarder, sentir

Pendant la marche, on peut s’amuser à repérer trois choses : un son, une couleur, une odeur. Le bruit d’un portail, un mur vert, l’odeur d’une boulangerie ou de la terre mouillée. Ce petit jeu ne demande aucun effort, et il ramène l’attention dans l’instant sans avoir à se dire de rester dans l’instant.

Quand on sort accompagné, il n’est pas nécessaire de parler beaucoup. Marcher à côté d’un ami, un voisin ou un collègue sans remplir le silence a quelque chose de reposant. Et si un chien croise votre route, un salut ou un sourire échangé avec son maître compte aussi comme un petit lien tissé ce jour-là.

Enfin, si dehors est vraiment impossible aujourd’hui, un balcon, un rebord de fenêtre ouvert ou le pas de la porte conviennent. On y reste cinq minutes, une boisson chaude à la main, le visage tourné vers la clarté. C’est modeste et, un jour gris, c’est déjà beaucoup.

Pour demain

Posez vos chaussures et votre veste près de la porte, à portée de main. Un détail de rien du tout, qui retire une petite friction demain. Notez dans votre agenda un créneau de dix minutes à midi, intitulé « dehors ». Pas « sport », pas « objectif », juste « dehors ».

Certains jours, la sortie ne changera rien. C’est normal. Mais vous aurez fait quelque chose de bien pour vous, et ce n’est pas rien.

Si ça dure, parlez-en à un professionnel de santé. Et si les pensées deviennent sombres, ou si vous craignez pour votre vie, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond jour et nuit, gratuitement. SOS Amitié est aussi là pour écouter, sans jugement.

Pour le même ressenti