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Dimanche, dix-huit heures. La lumière baisse, le week-end s’effiloche, et une petite boule s’installe quelque part entre la poitrine et l’estomac. Rien de précis ne l’a causée. Il y a juste cette impression que la semaine arrive, que le temps a filé, que rien n’a été vraiment fait de ce week-end. Beaucoup de gens connaissent ce cafard du dimanche soir, et il n’a rien de honteux.
J’ai longtemps essayé de le fuir en remplissant la soirée : séries enchaînées, ménage soudain urgent, courses inutiles. Cela ne marchait guère. Ce qui marche mieux, c’est de lui faire une petite place, puis d’organiser la soirée autour.
Voici ma façon de la traverser.
Ce qu’on peut faire maintenant
- Nommer ce qui se passe, à voix basse ou sur un papier (2 min). « C’est le cafard du dimanche. Il arrive, il repartira. » Mettre un nom dessus l’aplatit un peu.
- Allumer une lampe plutôt que le plafonnier (1 min). Une lumière chaude et basse change l’ambiance d’une pièce. On crée un petit coin de calme, sans effort.
- Cuisiner quelque chose de simple et de chaud (20 min). Des pâtes, une soupe, une omelette. Le geste de cuisiner occupe les mains, et l’odeur donne à la soirée une consistance.
- Écrire trois lignes sur la semaine à venir (5 min). Pas un plan : juste une chose agréable qu’on aimerait y glisser, un déjeuner avec quelqu’un, une promenade, un film.
- Faire une chose douce avant le coucher (10 min). Une douche chaude, quelques pages d’un livre, quelques étirements. Quelque chose qui n’a pas d’écran et qui dit au corps que la soirée se termine.
Ce qui aide aussi, c’est de ne pas gaspiller la soirée à se plaindre de ne pas avoir profité du week-end. Il est dix-huit heures, il reste de bons moments à vivre ce soir, même petits. On peut les saisir sans prétendre qu’ils effacent le reste.
Ce qui joue souvent
Ce cafard a des causes très banales. Le changement de rythme entre le week-end et la semaine fatigue l’organisme : on se couche tard le samedi, on se lève tard le dimanche, et le corps proteste le soir. Le manque de lumière, surtout à l’automne, y ajoute sa part de tristesse.
Les écrans aussi : consulter ses mails professionnels le dimanche, regarder ce qui s’accumule, c’est faire entrer le lundi dans la maison avant l’heure. Mieux vaut laisser les messages de travail fermés jusqu’au lendemain.
Enfin, il y a la comparaison. Les photos de week-ends réussis qu’on voit passer donnent l’impression que tout le monde a bien profité. En réalité, beaucoup de gens ressentent un peu de tristesse le dimanche soir. Vous êtes en bonne compagnie.
Un repère pour la semaine
Si ce cafard revient chaque semaine, c’est une information utile. Peut-être que quelque chose dans la semaine pèse, et mérite qu’on s’y arrête, calmement, pendant la journée plutôt qu’à minuit.
Un dimanche qui tient mieux debout
Plutôt que de lutter contre la soirée, on peut aménager le dimanche en amont. Une activité agréable en fin d’après-midi, une promenade, un appel à un proche, un petit marché, déplace le centre de gravité de la journée. Le soir, on arrive avec quelque chose de vécu plutôt qu’avec le sentiment d’un temps perdu.
J’ai aussi appris à ne pas programmer de grand ménage ou de tâches lourdes pour dimanche soir, qui se transforment en pression de dernière minute. Un coin rangé, un linge plié, c’est assez. Le reste peut attendre le samedi suivant, ou ne pas être fait du tout.
Le coucher, point de bascule
La tentation est grande de repousser l’heure du coucher pour retarder le lundi. Cela fonctionne rarement : on se réveille plus fatigué, et le cafard revient en prime. Se coucher à une heure raisonnable, avec un livre ou une musique douce, offre un lundi un peu plus tranquille. Le téléphone reste à distance du lit, branché dans une autre pièce si possible.
Si les pensées tournent, noter sur un papier ce qui préoccupe pour la semaine aide à les laisser dehors. Trois lignes suffisent : ce qui inquiète, ce qu’on peut faire lundi, ce qui n’est pas du ressort de ce soir. Le papier garde les soucis pendant la nuit.
Enfin, un peu de patience avec soi-même. Ce cafard ne dure généralement qu’une soirée, et il perd de sa force quand on cesse de le combattre. On l’accueille, on le laisse passer, et on se couche.
Pour demain
Préparez dès ce soir un petit plaisir pour lundi matin : un bon pain à acheter en chemin, une chanson à écouter dans le tram, un thé dans une tasse qu’on aime. Un petit clou lumineux pour accrocher la journée.
Et préparez le sac ou les vêtements si cela vous soulage. Un lundi un peu mieux organisé, c’est un lundi qui démarre avec une friction en moins.
Si ça dure, parlez-en à un professionnel de santé. Et si les pensées deviennent sombres, ou si vous craignez pour votre vie, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond jour et nuit, gratuitement. SOS Amitié est aussi là pour écouter, sans jugement.



