Ce billet peut contenir des liens affiliés. Si vous achetez ou réservez via l'un d'eux, Ça Va Mieux peut percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. En savoir plus.
La liste fait deux pages. Certaines lignes datent de la semaine dernière, d’autres de la veille, et une ou deux ont changé de couleur à force d’être repoussées. Je regarde l’ensemble en essayant de choisir par où commencer, et au lieu de commencer, je réponds à un mail sans rapport. Ce n’est pas de la paresse. Quand tout a l’air aussi gros, la tête refuse de choisir.
Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que le problème n’était pas la quantité, mais le fait que tout soit mélangé : les vraies urgences, les petites corvées, les idées vagues et les rappels. Une liste, c’est un outil pour alléger la mémoire. Quand elle devient une source d’inquiétude, elle ne fait plus son travail.
Ce qu’on peut faire maintenant
Quinze minutes suffisent, avec un papier et un stylo, pas besoin d’application.
- Tout vider sur une feuille (5 min). On recopie ce qui traîne, y compris ce qu’on a seulement en tête. Voir la totalité noir sur blanc a quelque chose d’apaisant : ce qui paraissait infini tient souvent sur une page.
- Rayer sans pitié ce qui n’a plus de sens (2 min). Le rendez-vous passé, la tâche que quelqu’un d’autre a finalement faite, l’idée qui ne reviendra pas. On s’étonne du nombre de lignes qui tombent en une minute.
- Choisir trois choses pour aujourd’hui (3 min). Pas dix, trois. Une qui a une échéance réelle, une qui nous soulagera une fois faite, une petite qui prend moins de dix minutes. Le reste va dans une colonne « plus tard », sans culpabilité.
- Découper la première en un geste minuscule (2 min). « Faire le dossier client » ne se commence pas. « Ouvrir le fichier et écrire le titre de la première partie » se commence. Quand une ligne résiste, c’est qu’elle est trop grosse.
- Lancer un minuteur de vingt minutes (3 min pour s’installer). On ferme les messageries, on pose le téléphone retourné, et on travaille sur cette seule ligne. Après vingt minutes, on a le droit de continuer ou de s’arrêter, mais la machine est lancée, et c’est souvent le plus difficile.
Si une tâche reste coincée malgré tout, on peut regarder ce qui la bloque : une information qu’il manque, une décision qu’on évite, une personne à qui il faut écrire. Écrire le mail de relance est parfois la seule vraie action de la journée.
Ce qui joue souvent
Les listes qui débordent ont plusieurs points communs, assez ordinaires.
- Tout est noté au même niveau. « Acheter des piles » et « rendre le rapport » se côtoient comme si elles pesaient pareil. L’œil n’arrive plus à hiérarchiser.
- Les interruptions. Chaque notification déplace l’attention, et la tête garde un petit reste de la tâche précédente. À la fin de l’après-midi, on a touché à tout sans rien finir.
- Le manque de pauses. Travailler sans lever le nez rend la liste plus menaçante. Cinq minutes dehors, un verre d’eau, puis on la regarde de nouveau avec un autre œil.
- Le sommeil écourté. Quand on dort mal, le moindre choix demande davantage d’effort, et décider par où commencer devient pénible.
- Les « oui » trop rapides. On accepte une tâche de plus pour faire plaisir, et la liste s’allonge sans que rien ne sorte par l’autre bout.
Ce dernier point est le plus délicat. Dire « je peux le faire jeudi prochain, pas avant » reste poli, et ça évite de se retrouver à courir derrière ses propres promesses.
Le plus surprenant, c’est l’effet sur le reste de la journée. Une fois la liste triée, la pression sur la poitrine baisse d’un cran, même si rien n’a encore été fait. Ce n’est pas la quantité de travail qui a changé, c’est qu’on la voit enfin en entier, avec des contours. Ce qu’on peut regarder en face fait moins peur que ce qu’on devine du coin de l’œil.
Une règle qui m’aide
Depuis quelque temps, je limite ma liste du jour à ce qui tient sur une carte de la taille d’une main. Si ça ne tient pas, c’est qu’il y en a trop pour la journée, et ce n’est pas une affaire de volonté : une journée a une longueur, c’est tout. Ce qui n’a pas sa place sur la carte attend sur la feuille principale. La première semaine, j’ai fini la carte trois jours sur cinq, et c’était déjà mieux que les journées où j’avais « tout » à faire et presque rien de fini.
Pour demain
La petite préparation du soir : avant de fermer l’ordinateur, écrire sur un papier les trois lignes de demain. Pas besoin de plus. Le matin, on n’aura pas à se demander par où commencer, ce qui évite la fenêtre de flottement où l’on ouvre les mails pour « voir ».
On peut aussi noter, à côté, une chose agréable à faire dans la journée, même minuscule : appeler quelqu’un, sortir marcher dix minutes. Une liste qui ne contient que des obligations finit par avoir mauvaise réputation.
Pour finir
Il y a des périodes où la charge est réellement trop lourde, et aucune méthode d’organisation n’y change grand-chose : c’est alors une conversation à avoir avec son responsable, pas une question de discipline. Et si cette impression de ne jamais y arriver s’installe et gagne le reste de la vie, si ça dure, parlez-en à un professionnel de santé.



